PETER LINDBERGH
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Lindbergh homme à femmes

par Brigitte Ollier
Copyright : Libération
Parution : 5-6 juillet 2003, page 28

Le photographe de mode anime la première journée des Rencontres d'Arles.
Entretien. Peter Lindbergh superstar. Juste avant Martin Parr (le 6) et Raymond
Depardon (le 7), Lindbergh anime, depuis l'Ecole nationale supérieure de la
photographie, l'une de ces journées people si prisées des festivaliers.
Lindbergh, 58 ans, reçoit dans son studio parisien les pieds nus dans ses
mocassins, son petit dernier dans les bras, Joseph, tout blond. Sur les
murs, de jolies brunes, dont celles (Naomi, Linda, etc.) qui l'ont rendu
célèbre dans les années 90, et réciproquement.
Après vingt-sept ans de collaboration avec les grands magazines et
d'images-phares (l'affiche de Parle avec elle d'Almodovar), il se concentre
aujourd'hui sur Vogue Italie, parce qu'il peut y faire ce qu'il veut. En
2004, sortira chez Schirmer-Mosel son cinquième livre, consacré aux femmes
célèbres.
Arles, il y est déjà venu, en auto-stop en 1964, étudiant en rupture des
beaux-arts, sur les traces de Van Gogh. Depuis, il dit y être «un
photographe de quartier». C'est pour cette raison qu'il a accepté la
proposition de François Hébel, le directeur des Rencontres. Mais qu'est-ce
qu'il va raconter à ses fans, lui qui aime si peu parler de lui ?
Vous allez expliquer comment devenir un bon photographe de mode ?
Un jeune n'a pas besoin de mes conseils. Il doit juste photographier et
regarder ce qu'il a fait. Pendant mes études, aux beaux-arts de Krefeld,
près de Düsseldorf, alors que je voulais devenir artiste conceptuel, pas une
fois mon professeur ne m'a dit quelque chose. J'ai beaucoup apprécié. Si
Cartier-Bresson explique à quelqu'un comment il travaille, celui-ci ne
devient pas Cartier-Bresson.
Vous avez appris la photographie aux beaux-arts ?
Non, à Düsseldorf, chez un mauvais photographe commercial, dont j'ai été
l'assistant deux ans. Bon, quand vous savez comment marche un appareil
photo, vous savez tout. Alors, je me suis lancé et j'ai commencé à
travailler avec un téléobjectif de 500 mm. Donc, pour un portrait, la fille
est à 50 mètres et, derrière, tout est flou. Ça a plu.
Quelles étaient vos idoles ?
Richard Avedon, Irving Penn, et Hans Feurer, un Suisse qui utilisait de
longs objectifs.
Pas Newton ?
J'adore ses nus. Sa culture allemande, berlinoise, son côté expressionniste,
très Fritz Lang.
Vous vous sentez une filiation avec lui ?
Ni avec lui ni avec d'autres. Avec lui, j'ai un lien : Berlin.
Certaines féministes se plaignent de son «mauvais» traitement des femmes...
Dans ses photos, moi, je ne vois rien contre les femmes, mais plutôt contre
les hommes. Ils font toujours les cons, non ?
Vous, comment vous regardez les femmes ?
Dure question. Vous voulez dire, d'une façon générale ?
Par exemple, la dernière que vous avez photographiée ?
Charlotte Gainsbourg, pour le Sunday Telegraph. Personnage magnifique. Le
challenge, c'était de retrouver ça sur papier, et que tout le monde le voie.
Son nez extraordinaire, sa transparence... Ce qui m'intéresse dans un
portrait, c'est de faire attention à la personne. Je ne fais rien de
prémédité : je l'ai vue, et j'ai eu l'idée. Pareil pour la mode. Naomi et
les autres, tous ces top models des années 90, elles étaient intelligentes
et indépendantes.
C'est votre choix de photographe ou d'homme ?
Je parle de l'image, pas de la personne. La vérité n'a rien à voir avec la
photo de mode, c'est ça qui m'intéresse. Ce qu'on ressent pour quelqu'un, ce
n'est pas pour la photographie, c'est pour soi.
Vous faites un peu de couleur ?
Oui. Mais, pour moi, le noir et blanc traverse la peau, la couleur, non.
Elle s'arrête à la surface. Je vois mieux en noir et blanc, et je vois mieux
en photo qu'en vrai. Mais j'apprécie la couleur chez les autres photographes
; Mario Sorrenti ou Paolo Roversi, c'est beau.
Votre moment préféré en photo ?
Quand je découvre les planches-contact.
Vous vous sentez à égalité avec vos modèles ?
Je dirai que c'est une reconnaissance mutuelle, pas une question d'égalité.
Pourquoi y a-t-il si peu d'hommes dans votre univers ?
Je n'ai pas le même feeling avec eux.
Vous n'avez jamais envie de photographier les hommes célèbres ?
Le dalaï-lama. Dans ses portraits, on a toujours l'impression qu'il vient de
voler ses lunettes. Oui, lui, j'aimerais bien le rencontrer.
Et du côté des morts ?
Picasso, et John Kennedy.


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